15 avril 2015

FUKUSHIMA 4 ANS APRES

Elisabeth
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Fukushima, 4 ans après déjà : une catastrophe particulièrement marquante avant tout du fait du tsunami qui a fait un nombre important de mort (16000) et de disparu (204) touchant toute la société japonaise.

Fukushima, 4 ans déjà : une catastrophe particulièrement marquante avant tout du fait du tsunami qui a fait un nombre important de morts (16000) et de disparus (204) touchant toute la société japonaise pourtant habituée aux accidents en tout genre, mais aussi en raison de l’incident nucléaire de Fukushima qui a ébranlé profondément la confiance des japonais vis à vis des autorités nucléaires.

La SFRP a décidé de faire le point 3 ans après un premier rendez-vous qui avait rassemblé la plupart des experts français en avril 2011. Cette nouvelle réunion a été très instructive car les soucis japonais sont une source de réflexion essentielle. Lors des réunions de la Cli, la direction de la centrale de Belleville et l’ASN nous ont fait part de ce qui est mis en œuvre pour éviter tout accident et la préfecture du Cher a mis à jour le PPI qui circule pour avis avant approbation, mais il importe de tirer les leçons de ce qui se passe à l’autre bout du monde.

Pour ce qui concerne le site de Fukushima, suite aux difficultés immédiates liées à la perte du contrôle du refroidissement (due à la défaillance électrique des systèmes de secours noyés par le tsunami) Tepco a fait face à la destruction du cœur d’au moins l’un des réacteurs avec une inquiétude sur le devenir du combustible stocké dans les piscines et de l’eau contaminée qui inonde le bâtiment. Actuellement, après la couverture de la piscine n°4, pour limiter de nouvelles émanations radioactives, une bonne partie des barres de combustible a pu être évacuée. Seuls 400 éléments restent in situ contre 1 500 initialement présents et ce combustible est moins chaud ce qui permet d’envisager, avec un certain optimisme,
l’évacuation du reste des barres stockées dans les autres piscines. Le problème essentiel sera à terme, le démantèlement des réacteurs mais dans l’immédiat la difficulté est représentée par la gestion de l’énorme stock d’eau contaminée (80 000 m³ avec 3 à 400 m³ d‘ eau supplémentaire chaque jour !) qui est pompée dans les sous-sols de l’installation principale avec un apport constant du fait de l’infiltration des eaux souterraines. Malgré la mise en place, à grand frais, d’un assainissement avec l’aide d’Areva et de Veolia, qui s’avère très efficace sur les nucléides les plus lourds, il reste le problème du stockage d’eau faiblement tritiée (à un taux inférieur aux rejets légaux en France). Les autorités nippones se sont engagées à ne pas rejeter cette eau en mer ce qui paraît pourtant inéluctable à terme.
La construction d’un énorme mur de 27 m de haut sur 900 m de long, tout le long de la mer doit protéger la centrale d’un nouveau tsunami mais aussi empêcher les infiltrations d’eau venant de la mer. Un autre mur aussi massif doit entourer à terme le cœur dégradé afin de limiter les infiltrations d’eau venant de la nappe phréatique et donc stabiliser le traitement des quantités d’eau à dépolluer et à stocker avant évacuation.

Un autre problème existe : celui de la contamination des sols et donc la possibilité de revenir vivre à proximité de la centrale. Un énorme effort a déjà été entrepris autour des maisons et aussi dans les champs car la préoccupation est le risque pour les enfants mais aussi celui de la possibilité de la commercialisation des produits agricoles.
Actuellement seules trois municipalités ont été « décontaminées ». Mais d’une part, elles sont hors de la zone d’exclusion (donc étaient a priori initialement plutôt faiblement contaminées) et d’autre part c’est au prix d’une main d’œuvre importante et surtout de 70 000 zones de stockage temporaire en sacs qu’il va falloir transférer dans une zone de stockage central également provisoire avant d’ouvrir la structure de stockage à long terme qui devra être aménagée en dehors de la préfecture de Fukushima, ce qui préjuge un nombre important de transports par route et donc un coût assez exorbitant. Reste que cette décontamination des surfaces, si elle est efficace, ne concerne pas les zones de forêt qui représentent 70 % de la surface dans cette région assez accidentée. Les études plus fines ont néanmoins montrées une décroissance plus rapide qu’attendue de la radioactivité du fait du lessivage des surfaces et de la pénétration en profondeur du césium .

Le bilan humain s’avère assez faible, sans commune mesure avec celui de Tchernobyl, même si les doses encore émises ne sont pas négligeables à proximité immédiate de l’installation. Il n’y a pas actuellement de conséquences sanitaires évidentes car les ouvriers exposés n’ont reçu (du moins pour ce qui concerne les travailleurs surveillés et au delà des premières heures) que des doses assez limitées avec un maximum de 700 mSv pour quelques opérateurs de la centrale. On ne recense pas de décès direct par irradiation alors qu’à Tchernobyl on compte 134 irradiés dont 28 décès mais aussi 600 000 liquidateurs largement irradiés. Pour ce qui concerne l’iode, 13 travailleurs ont reçu une dose >12 Gy à la thyroïde et 1 200 une dose >1 Gy mais en moyenne la dose de la population exposée serait de 35 mSv à Fukushima contre 450 mSv à Tchernobyl.
Les risques sanitaires pour les populations restent modérés et très hétérogènes en dehors de la zone d’exclusion toujours interdite. La distribution massive et rapide d’iode stable et l’interdiction puis le contrôle de la consommation du lait au Japon, expliquent la contamination faible de la population, contrairement à celle de Tchernobyl où la consommation du lait explique l’explosion des complications thyroïdiennes chez les enfants.

L’information et la formation à la radioprotection de la population avec l’utilisation de dosimètres et de radiamètres individuels se heurtent à l’appréciation de ce qu’est une « dose acceptable ». Toute dose est toujours de trop mais doit être rapportée à la radioactivité naturelle qui est élevée dans de nombreuses régions du monde. Le suivi direct de la dose ambiance par les habitants permet à l’évidence d’éviter l’exposition à des doses significatives en limitant la présence dans les zones vraiment contaminées et en décontaminant soigneusement les points chauds. Le risque de base chez la femme étant de 0,75 % et le risque additionnel est estimé à 0,50% (donc passage de 0,75 à 1,25 % soit 60 % « d’augmentation » par rapport au bruit de fond, ce qui reste faible ! très différent des estimations initiales, conservatrices qui considéraient la consommation de denrées uniquement locales !
Les premiers résultats de la surveillance sanitaire en 2014 ne montrent pas d’augmentation des cancers de la thyroïde pour une estimation de doses initiales allant de 1 à 200 mSv chez l’enfant pour une moyenne de 100 mSv chez les adultes d’où une majoration des estimations par rapport aux valeurs observées secondairement. L’estimation de Unsclear est de 80 mGy dans la zone évacuée versus 50 et 20 mGy pour les zones non évacuées pour 3 mGy dans le reste du Japon. Mais globalement, l’apport d’iode stable étant très satisfaisant au Japon, pour les pathologies thyroïdiennes il sera probablement difficile de les discerner du bruit de fond chez l’enfant et impossible de les objectiver chez l’adulte car les échantillons de population seront trop faibles. Le % de nodules et de kystes constatés (sur un échantillon de 7000 jeunes) est paradoxalement supérieur dans la zone non affectée ce qui traduit donc un effet de dépistage (screening) !

Au total, on compte 166 000 déplacés à Fukushima dont 20 000 volontairement mais qui sont à rapporter aux 550 000 personnes évacuées du fait de la destruction des maisons par le tsunami.
Actuellement (en 2014) il persiste 80 000 déplacés et 40 000 personnes volontairement parties de la zone malgré un effort de décontamination des sols qui se heurte au volume des terres à stocker alors que les bâtiments sont décontaminés mais au prix d’une dilution par lavage avec dispersion de la contamination.
Le suivi médical mis en place avec l’expérience du suivi des irradiés de Hiroshima, n’a pas montré pour l’instant de détriment notable contrairement aux prévisions théoriques qui n’ont fait que majorer l’inquiétude de la population.
Les seuls effets sanitaires sont le développement très important de problèmes psychosociaux liés à la précarité des populations déplacées.
L’ensemble des présentations de cette journée sont en libre accès sur le site de la SFRP.

http://www.asso.fr

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